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Once Upon a Time

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Orianne Ciantar Olive

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Roussière

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Olivier
Lavigne

intention

FABULATIONS

« Nous avons besoin de nouveaux types de récits, a écrit Haraway. Des récits qui réclament la terre et les communs que le capitalisme nous a dérobés. Des récits qui nous invitent à reprendre et à créer des sensibilités trans-espèces, des vitalités trans-matières et des agitations trans-cérébrales. Il ne suffira pas de les imaginer, ces récits, il faudra les fabriquer. Et même la fabrication ne suffira pas, il faudra apprendre à fabuler, c’est-à-dire à se risquer dans des narrations et des cosmologies qui puissent accueillir ces sensibilités, vitalités et agitations transversales. Car fabuler est bien un nouveau genre de construction, en tout cas pour celles et ceux qui créent des savoirs.¹ »

 

Début, commencement, ça raconte, ça fabule, ça invente, ça récite, ça image. Pour dire, pour faire, pour imaginer, pour émanciper, pour sensibiliser, pour ouvrir, pour déterritorialiser, pour continuer de penser, de rêver, d'explorer. L'exposition comme expérience, pour l'expérience, pour expérimenter. L'exposition comme organisme toujours recommencé, qui vibre, qui rayonne, comme un univers, un substrat, une vivance. L'exposition comme mise en abyme. L'exposition comme un « ça rappelle » pour un « reviens-y », comme une manifestation tangible de ce qui ramifie, échappe, augmente, déploie. L’art raconte encore et encore et encore et encore une histoire qui s’étire depuis la nuit des temps, produisant des sources infinies de mythologies sur les entrailles et le devenir des mondes.  

 

De Brecht et des images latentes, du dévoilement à Lucrèce, en passant par le Big Bang, Bernays, le web comme un système et l’écologie de l’attention. Les contes de fées et leur psychanalyse. Didi-Huberman, Stiegler, le pharmakon, le pathosformel et Mnémosyne, tout au long de l’humanité. Phantasia, Storia albertienne (« ...un quadrilatère par lequel JE peux regarder l’histoire »). Utopos, dystopos, muthos. Chauvet, Van Eyck, Fluxus. Nous avons fait venir dans notre recherche les histoires-vestiges, les images-traces pleines de comportements symboliques, celles de l’art pariétal. Nous avons évoqué les images parturientes, les images latentes, les restes d’une autre ère à jamais perdue dont les formes actuelles sont pourtant pleines, et qui se développent en histoires multiples et multidimensionnelles à travers les cultures et le temps. Des histoires perdues mais éprouvées intuitivement, sensiblement, cognitivement. Des histoires qui ont touché du doigt la quête d’immortalité. Nous avons étudié Jeff Wall et fait des liens vers La Tempête de Giorgione, l’Annonciation, les ruines, l’Éros, le Thanatos, l’esthétique des ruines dans la peinture romaine, les mythes et les messages philosophiques et moraux des tableaux, y compris La Chute d’Icare. Nous avons pensé les mécaniques interprétatives et les déclenchements iconologiques... à l’œuvre. Nous avons parlé de Boltanski, de ce rapport marqué avec le spectateur : relation, collaboration, immersion, vision, embarquement du conte. Quotidien, réel, transmissions orales, morales, fable philosophique intemporelle. Chaque époque produit ses contes, chaque ère, chaque espace, chaque temps. Même le quantique produit ses propres contes. Jules Verne, les stromatolites.


In fine ? Nous avons fait un rêve très humain entre métamorphoses, fragments, chemins, alternatives, réel, symbolique, imaginaire, interdit, dévoilement. Nous donnons à voir, dressons des perspectives non autoritaires et laissons le spectateur finir la fin du conte avec son expérience. En fin de compte/conte, c’est le spectateur qui fait sa fin, sub-objectivement. Il part avec. Il s’échappe avec le fond, la forme, le non-vu, le non-su. Quelque chose qui ne s’arrête jamais, jamais, jamais, jamais.

¹ Selon nous (nous peuplés de pratiques sociologique, anthropologique et artistique), les fabulations sont ces récits qui creusent des interstices dans notre monde, le travestissent et le manipulent dans un envol plus qu’imaginaire (entendez : cosmologiques, métaphysiques) jusqu’à ce qu’il puisse susciter des nouveaux attachements et obliger à ce qu’on rouvre l’enquête, à ce qu’on explore à nouveau ce territoire délaissé qui ne semblait pas mériter notre attention. C’est un acte de repeuplement qui ne se laissera plus piéger par la question du Vrai et du Faux. Faire bégayer le réel, élargir le spectre, faire émerger de nouveaux mondes reliés qui nous déconcertent, les déployer en suscitant l'appétit du possible, afin de déplacer la prétention écrasante du monde trop bien décrit, trouver des ruses, jouer, en retournant inlassablement à nos pratiques, en af irmant la nécessité de nouvelles manières de raconter et d’expérimenter ces mondes, voilà ce que nous devons apprendre à faire ». Atelier Savoir et Fabulations du Colloque Gestes spéculatifs, Centre Culturel International de Cerisy, 2013, sous la direction de Didier Debaise et Isabelle Stengers. https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/303334/1/benfabluc.pdf

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