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Inge 
van der Ven

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Biographie 

Née en 1973 à Delft (Pays-bas), Inge van der Ven est artiste plasticienne, elle vit et travaille entre Amsterdam et Arles. Diplômée de l’école de la Gerrit Rietveld Academie (peinture & dessin), Maîtrise en Arts du Spectacle (Cinéma, Théâtre & Télévision), Université d'Amsterdam (UVA). Sa pratique artistique est plurielle, hybride, elle visite l’intime et la fragilité, la relation entre intérieur et extérieur. L’idée de peau, d’enveloppe, de contenance, représente une constante thématique dans son travail — métaphorique, délicat, onirique, poétique. Elle expose régulièrement aux Pays-Bas et en Europe. Elle intervient régulièrement à l'ENSI à Avignon (France), dans le cadre de workshops et de jurys. Inge van der Ven fait partie des lauréats 2023 du Prix National de Céramique aux Pays-Bas.

 

Matériau et matérialité

Il y a d’une part ces récursifs lieux de réception des corps et des matières : lits, chaises, canapés, maisons, baignoires, tentes, tapis, chaussures, bouteilles, verres, tasses, bols, vases… Eux forment un ensemble, celui des réceptacles, lequel diffuse l’idée d’accueil, d’abris, de refuge, de bienvenue, de cocon, de nids, ventres maternels en tout genre. Et il y a d’autre part ces membranes d’empaquetage des corps et des matières, peaux diverses dirons-nous : tissus, vêtements, collants, torchons, serpillières, papiers peints, journaux, feutre, laine... Ces membranes forment un autre ensemble, celui des enveloppes, lequel diffuse, lui, l’idée d’habillement, de protection, de fourreau, de pelage, d’emballage, de housse. Et observons bien que l’ensemble des enveloppes voisine parfaitement avec l’ensemble des réceptacles dans la mesure où, en toute logique, le réceptacle est proche de l’enveloppe, et vice-versa. Leurs caractéristiques sont donc communes. Les deux ensembles se conjuguent, ils se croisent, se tissent, ils se répètent et se relancent dans et par leur gémellité — cohérence et cohésion de nouveau. 

 

De l’ensemble des réceptacles à celui des enveloppes, nombreuses sont les formes et les matières qui évoquent l’enrobage, l’empaquetage, sauf qu’ici, au contraire de Christo et Jeanne-Claude, cet emballage ne souligne pas la forme du plein d’en-dessous mais plutôt le vide d’un intérieur parti, à retrouver, d’un dedans échappé, à regagner, d’un espace en creux qui demande à être comblé (un peu à la manière des cavités anthropomorphiques pompéiennes que Roberto Rossellini installe dans Voyage en Italie, grand moment de réapparition de la disparition !). Ni tristesse ni grisaille dans cette convocation par le vide avec laquelle joue souvent l’artiste amstellodamoise, juste une petite pincée de mélancolie qui amplifie l’appel à la complétude, l’invitation à rejoindre la forme réceptacle, et à se laisser envelopper. 


Le Temps des Choses/Les Choses du Temps, David Brunel juillet 2020

Provenance des images : Avec l'aimable courtoisie d'Inge van der Ven

Entretien

Clara Palisse & Emilie Cassagne : Qu’est-ce qu’évoque le titre Once upon a time ? Trouvez-vous un lien entre ce titre et vos productions artistiques ?

Inge van der Ven : Once upon a time me fait penser au temps et à la mémoire, un sujet d’ailleurs important dans mon travail. La série Artefacts visite de mon point de vue le sujet de Once upon a time. Ces matériaux pauvres, objets du quotidien, récupérations, deviennent des petits assemblages autonomes qui s'apparente pour moi à des êtres — presque des êtres pour le dire avec plus de recul. D’autres travaux rencontrent également la thématique comme cette tente faite avec des collants, voire cet édredon produit avec des serpillières. De façon générale, la majorité des matériaux et objets usités portent eux-mêmes la trace du temps de par leur usure, la dégradation consécutive au temps, ils sont porteurs d’une mémoire, celle de leur utilisation, érosion, dégradation.

 

C.P & E.C : Quels artistes ou œuvres ont été des influences ou inspirations dans votre processus de création ?

I.vdV : Eva Hesse fut l’une des premières artistes avec laquelle j'ai ressenti une forte connexion avec ses œuvres tridimensionnelles. Ses expérimentations avec les matériaux, ses formes naturelles, l’aspect transcendant de certains de ses travaux, la tactilité de certaines pièces réalisées en latex. Adwin van der Ven est un peintre dont j’apprécie énormément la sensibilité. Beau travail, utilisation de formes simples, épurées. Il y a une certaine sérénité dans ses productions, c’est ce que je recherche aussi pour mes œuvres. Comme si le temps était suspendu. 

Le travail de Ruth van Beek est également inspirant. Sa recherche formelle est très liée à ma façon de travailler (même si elle travaille souvent à partir de photos collectées, trouvées, ce qui est peu mon cas). La simplicité de ses formes et la puissance qui en émane. Berlinde de Bruyckere, particulièrement ses premières œuvres avec les couvertures. L'idée de protection et la relation intime que son œuvre  entretient avec le corps et sa vulnérabilité. Wim Biewenga, un peintre Hollandais, un travail très poétique, très sensible. Il y a une sensation de mélancolie, un sentiment, un fois de plus,  de temps suspendu. J’aspire à atteindre ces qualités. Je trouve également le travail de l’artiste Mark Manders très qualitatif. Il a fait une série intitulée Self portrait of a building laquelle consiste en une installation qui utilise de la terre crue. L’ensemble donne l’impression que l’artiste vient juste de terminer l'œuvre. Souvent d'ailleurs, afin d’amplifier le caractère inachevé de son travail, il utilise un décor similaire à celui d’un atelier. 

Enfin, il y a aussi des artistes qui rejoignent les thématiques de mon travail, à savoir, le corps, le foyer et l'intérieur tels Mierle Laderman Ukeles (Maintenance Manifesto), Narges Mohammadi, Lydia Flemm (How I emptied my parents' house), la peintre Ann Buckwalter (objets du quotidien, motifs, perspective), le peintre Mattias Weisscher (objets du quotidien, matérialité), l’artiste Mona Hatoum (Hair Necklace), Yto Barrada (Family Tree), le psychanalyste Didier Anzieu (The Skin-Ego), la pensée de Paul Valéry, en particulier cette phrase : “Ce qu’il y a de plus profond en l'homme c’est la peau”.

 

C.P & E.C : Comment définiriez-vous votre approche artistique et votre modus operandi ?

I.vdV : Travailler à l’atelier c’est avant tout entrer dans un espace de tranquillité, régénérant, entrer dans un temps de quiétude, sortir de la réalité. La création vient comme une nécessité, plus qu'un besoin, une nécessité, je ne peux pas m'imaginer une vie sans créer ! Ce que je cherche à révéler avec mon travail relève précisément de ce qui m’anime quand je crée.

Mon travail relève plus de l'intuition que de la conception. Je récolte des matériaux et des objets qui résonnent pour moi, avec mes thèmes, ou je les trouve tout simplement beaux dans leur imperfection. Ces matériaux et objets attirent mon attention sans idée initiale, sans pourquoi, c’est presque eux qui, pour ainsi dire, me choisissent.

 

C.P & E.C : Préparez-vous de prochains projets ?

I.vdV : Je prépare une exposition personnelle au Palais de Justice d’Amsterdam. En ce moment je travaille également sur une série de dessins. Et une série de grandes peintures est à venir, toutes orientées autour de la thématique de l’intérieur, du chez soi, Interior en est d’ailleur le titre.

Une seconde peau

Inge van der Ven  est une artiste plasticienne mixmedia néerlandaise, née en 1973 à Delft aux Pays-Bas. Diplômée de à la Rietveld Academy en  peinture et le dessin,elle vit et travaille aujourd’hui entre Amsterdam et Arles. Son travail voyage également, dans le cadre d’expositions individuelles et collectives, aux Pays-Bas et en Europe.

 

Les travaux d'Inge van der Ven se caractérisent par une approche unique, où les objets du quotidien se transforment en témoins silencieux d'histoires passées. En intégrant des éléments de seconde main, l'artiste donne à ses créations une dimension temporelle forte. Ces matériaux pauvres et déjà marqués par la temporalité de la vie, ils insufflent l’objet  d’une nouvelle signification, d’une vie nouvelle qui semble presque lui donner une utilité novatrice à travers son processus de transformation. En effet, vu que ceux-ci, issus de la récupération sont usagés, ils ont déjà vécu, ils portent des traces du temps ; par leur propre passé, par leur usage, par leur décadence. Ils sont porteurs d’un souvenir, porteurs de temps immobile, de temps suspendu.

En utilisant des objets de seconde main, objets détournés, elle met en scène des fragments d'histoires, créant ainsi des œuvres qui semblent raconter un conte. En effet chacune de ses œuvres semble réminiscente d’un conte: le service à thé possède l’histoire d’un univers figé dans le temps, celui-ci nous rappelle le roman de Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles. La chaussure, symbolisant douceur et féminité, nous rappelle le conte de Cendrillon car l’aspect épidémique est réminiscent des pantoufles de vair (fourrure d'écureuil). Enfin, le bidon de lessive, enveloppé dans son linceul, lui, nous rappelle l’histoire de Peau d’Ane de par la dissimulation de sa silhouette qui semble nous éclipser un trésor derrière ses guenilles. Comme les pages d’un livre de contes, ses œuvres demandent au spectateur d'imaginer les vies et les histoires cachées derrière ces objets intrigants.

Les coutures, fils de vies, fils de mémoire, elles, sont réminiscentes du mythe des moires, rassemblent et lient ces enveloppes pleines d’histoire.

Ce qui nous marque particulièrement dans ces œuvres , c’est l’aspect onirique du fait organique et épidermique.on dirait que les œuvres sont composées d’une membrane, semblable à de la  peau humaine. Ce choix artistique donne à ces créations une impression de fragilité, mais aussi de protection de par leur enveloppe protectrice bien que frêle qui établit un dialogue troublant entre l'objet et le corps. Cette matière organique, évoquant la peau par sa texture et sa transparence.

De plus, ces matériaux interrogent nos sens de par leur aspect cutané, presque organique et donc vivant. Ici, la matérialité des objets (manière réaliste et sensuelle de représenter les choses, c’est ce qui caractérise la réalité matérielle des objets.) est utilisée. Dans le cas des œuvres d’Inge van der Ven, les objets sont presque vivants, leur aspect organique bien que troublant de par les formes peu conventionnelles qu’elles prennent ne sont pas sans rappeler les cabinets de curiosités. Ceux cis créent un sens de confusion et d’incomfort, poétique et terrifiants, on pourrais presque dire qu’ils appartiendraient à l’uncanny valley.

En jouant sur l’ambiguïté entre familiarité et étrangeté, Inge pousse le spectateur à questionner sa propre relation aux objets et aux souvenirs qu'ils portent. L’aspect « à fleur de peau » de ces productions donne une dimension sensuelle et intimiste. Poétique et troublant.  témoins de vie, porteurs d’histoires, l’artiste parvient  ainsi à faire vibrer le spectateur et dévoiler nos plus profondes émotions avec poésie et délicatesse.

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Orianne Ciantar Olive

Nina
Roussière

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David
Brunel

Inge
van der Ven

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William
Kentridge

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Urquidi

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Olivier
Lavigne

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