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David
Brunel

David Brunel, Arles March 2024 - Photograph Inge van der Ven.jpg

Biographie 

Né en 1968 à Toulon, vit et travaille entre Arles et Amsterdam. Docteur en philosophie esthétique et études psychanalytiques, écrivain, photographe, chercheur associé au Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences Humaines et Sociales de Montpellier (CRISES), qualifié Maître de conférences (18ème sect°). Il dispense des charges de cours en philosophie esthétique, histoire de l’image, histoire de la photographie, analyse critique d’œuvres à l’université Paul Valéry Montpellier III (Licence Cinéma et Master Philosophie Esthétique), à l’ENSI (Avignon), à l’École Nationale Supérieure de Photographie (Arles). Conférencier régulier à la Fondation Vincent van Gogh (Arles).

En amont de ses études universitaires, il a été formé à la photographie dans l’école de Serge Gal, Image Ouverte (qu’il a par la suite intégré comme enseignant et responsable pédagogique). Que ses préoccupations de recherche soient d’ordre critique, poétique, ou photographique (conférences, publications, expositions), elles restent animées par la vaste question de la représentation (autant du côté créateur que du côté regardeur). Au centre de ce questionnement se tient l’image photographique. La nature indicielle du médium ainsi que ses accointances singulières avec la temporalité, la mémoire, la copie, le simulacre, l’imaginaire, en ont fait un support de prédilection pour travailler ce vaste thème de la représentation.

Curriculum vitae :

Stances

Provenance des images : Avec l'aimable courtoisie de David Brunel

Entretien

Jonathan Torregrossa : Quelles ont été vos motivations pour engager cette démarche ?

 

David Brunel : C'est un travail qui ne s'appelait pas comme ça au départ, un travail sans nom, ce n'était pas un travail qui était voulu en tant que travail. Je faisais des photos, simplement. Il n'y avait pas de thématique particulière, pas de cible, pas de sujet quatre que celui de faire rentrer des formes et des couleurs dans mon cadre et composer avec. Le seul enjeu était de faire des photos — ça m’aide à respirer.

Ce sont des images que je faisais avec un boîtier 6x6, systématiquement, un Rolleiflex (que j’utilise toujours), léger, pratique, un appareil qui implique un penché de tête vers l’avant pour avoir le regard sur le dépoli, une position humble, monastique, une rencontre indirecte avec le monde. Ce qui m'intéressait c'était de faire ces images, pas plus.

Dans l'espace tridimensionnel du devant, dans la réalité, dans le monde, je voyais simplement des choses qui m'apparaissaient de temps à autre en tant que photographies, comme si un bout de monde se manifestait à moi en deux dimensions, se montrait en tant qu’image, image que je n’avais plus qu’à ramasser, comme des champignons iconographiques que je conservais ensuite en archives, en stock, dans un réservoir, un vivier dans lequel je pouvais aller puiser pour construire des travaux a postériori. J'allais, et je vais toujours, me servir dans ce stock, comme on va chercher dans des archives, un fonds propre que je me constitue depuis 30 ans maintenant.

Diverses séries ont été bâties à partir de ce fonds (Eco-graphies, Bio-graphies, Chevals, Inversions, Parks, This Bird Has Flown…). La plupart du temps ces séries émergent seules. C'est-à-dire qu'une image, des images, viennent à la mémoire, sortent de leur hibernation, des mois, voire des années après, et manifestent un potentiel.

Stance, une série de 83 photos si ma mémoire est bonne, vient de là, de ce réservoir qui continue de se remplir et de délivrer — le verbe est juste — par moment des images, des idées, des séries, des intentions. Stance ne comporte pas de sujet apparent. Ce sont des photographies réunies en diptyques, triptyques, polyptyques simplement par des liens graphiques (continuité de lignes), rebonds ou jonctions chromatiques. Je crois qu'il doit y avoir quelques monoptyques. Mais au-delà des rapprochements que j’ai orchestrés, le corpus peut être décomposé et réaménagé — ce que vous avez très bien fait.

Pas de texte de présentation. Je ne voulais pas écrire, pas décrire, simplement laisser les choses à l’état d’images, sans lecture orientée. Un simple titre, Stances, des titres d’images discrets, le lieu, le pays, la date, stop. De toute façon, dès lors qu’une image fait face à un regardeur, du sens émerge. Deux images côte à côte, et boum, une troisième apparaît dans l'imaginaire du regardeur, etc.

Je n'avais pas de position critique initiale, ou documentaire (même si mes images peuvent y ressembler parfois), ce n'est pas de la photo de rue, c'est Stances, à savoir, des fragments imageants, des images qui en ligne, par 2, par 3, 4, 5…, comme de la poésie en prose, comme des stances.

 

J.T : Est-ce que ce projet a changé, entre guillemets, votre manière de travailler, ou est-ce que c'était une manière différente pour vous de créer ?

 

D.B : Non, il n'a pas changé ma manière de travailler, parce que, comme je l'ai dit (ça va aller plus vite pour cette réponse), c'est quelque chose qui a débuté au milieu des années 90, et qui continue encore aujourd'hui. Donc, en gros, on peut dire que ça fait 3 décennies que j'emmagasine des photographies de ce type. Et des fois, il y a des sujets, comment dire, des séries, des idées, je ne sais pas comment appeler ça, qui apparaissent, et les choses se transforment, ou se forment. Parfois mon approche est autre. L’idée d’une série se construit en amont et nécessite l’emploi d’une chambre monorail, d’un Polaroid, du numérique, voire de la récupération d’images…. Et puis parfois c’est une image de ce fonds qui remonte à la surface. Non, ça n'a pas changé ma manière de travailler. 

La seule chose qui a changé dans mon propre travail de création, c'est que de la photo qui était à 100 % présente avant, peu à peu, pas à pas, est venu s'installer l'écrit. Et aujourd'hui, c'est l'écriture qui est dominante, c'est la poésie qui est dominante. La poésie en prose qui, comme ma photographie, questionne la représentation (sujet central de toutes mes productions). 

Ce que je comprends aujourd’hui, c’est que déjà, il y a 30 ans je faisais de la photo-respiration pour le dire comme ça, et quand je rapproche ça de la poésie dite par l’aède, par celui qui va la chanter, la clamer, la déclamer, il est aussi question de souffle, de pneuma. Ces bouts de monde imagés sont devenus aujourd'hui des mots écrits, mais la question du rythme, du souffle, de la poésie a toujours été là. Mes images sont devenues plus poétiques, littéraires, que plastiques, photographiques, bidimensionnelles, la seule différence qu'il y a, c’est le médium, mon sujet reste le même : la représentation.

 

J.T : Comment est-ce que vous qualifieriez votre travail, est-il plutôt engagé ou conceptuel ?

 

D.B : Il y a deux réponses. La première réponse c'est que je ne pense pas qu'on puisse être créateur, au noble sens du terme, et ne pas être engagé. Je pense que c'est impossible qu'un artiste ne soit pas engagé, sinon c'est un bricoleur, ce qui n'est pas péjoratif, mais il n'est pas artiste. Écrire, photographier, créer, ou penser, n'appartient pas simplement au lieu de l'atelier pour ce qui me concerne. Quand je suis en cours, en conf, ou en déplacement et qu'une idée vient, je prends un crayon. La création est toujours là, ce n'est pas moi qui vais la convoquer, ça ne marche pas très bien comme cela pour moi, c'est plutôt elle qui me convoque. Et pour moi, matérialiser ces offrandes qui viennent de je ne sais pas où, c'est une forme d'engagement. J'ai fait en sorte de ne pas être handicapé par la vie que je mène de telle sorte que cette dimension créative soit protégée. 

Quant au conceptuel, je peux l'être en amont, je peux l'être en aval, ou peu… Il y a cinq minutes, j'étais en train de vous dire que je remplissais un réservoir d'images depuis 30 ans, sans savoir initialement ce que ces images vont devenir — ou pas. 

Je ne pense pas qu'il y ait de toute façon un art qui ne soit pas conceptuel, dans la mesure où tout art est quelque part la matérialisation d'une idée, et cette matérialisation devient la métaphore de l'idée première. Donc tout art est conceptuel. Après, l'art qui est conceptuel et qui va jusqu'à ne pas faire exister l'œuvre, et ce qui importe c'est le concept, ok, celui-là il prendra un “C” majuscule. Mais a minima il y a toujours un “c” minuscule. Donc je réponds oui et non à la question qui m'est posée.

 

J.T : Effectivement, je comprends.

 

D.B : Est-ce que vous avez d'autres questions ?

 

K.FW : J'avais prévu d'autres questions mais vous y avez déjà répondu. Après ce serait juste de la répétition, par exemple le fait qu’on puisse désorganiser les images, etc. Il y a peut-être une chose sur laquelle j'aimerais aller, c'est le fait que Stances soit un mot en rapport avec la poésie, nous savons que vous vous intéressez à la poésie. Est-ce qu’il y a des poètes ou peut-être même des écrivains et des philosophes qui vous ont guidé vers quelque chose, des choses qui peut-être vous guident ou vous inspirent ?

 

D.B : Il y a des figures qu'on pourrait appeler tutélaires, c'est-à-dire que ce sont des gens qui m'ont profondément marqué. Des personnages qui sont des poètes, ou des artistes, penseurs. Mais après, du côté de la pédagogie, de la transmission, de la formation, là il y a des gens dans un entourage proche, importants. Je mettrais au moins deux figures masculines. La première, celle de Serge Gal, un photographe et qui a ouvert une école dans laquelle j'ai été étudiant, Image Ouverte, je lui dois beaucoup. Ensuite, il y a eu Bernard Salignon. Quelqu'un qui a créé une ouverture dans ma façon de voir, de penser. Sa pensée a posé une structure dans la mienne, un cadre. Serge Gal a été un agent déclencheur sur la prise de conscience et de confiance. Bernard Salignon a été un agent révélateur. Dans la continuité de ces deux personnes, il y a les auteurs, artistes, que j'ai découverts à travers eux. En particulier la philosophie présocratique. 

Et puis peu à peu, pas à pas, je me suis aperçu que, un, la poésie, c'était l'art peut-être le plus élevé, le plus chevaleresque. En ce sens que le poète sait que, là où il veut aller, les mots, ses outils donc, n'existent plus pour rabattre l'expérience poétique qui est la sienne. Il sait d'avance que ce qu'il veut atteindre, s'il l'atteint, il ne pourra pas le ramener. Il va vers l'indicible, expérience ultime! C'est le plus haut niveau de l'art, je ne suis pas en train de faire un podium, quoi que… C’est ce geste poétique qui m'intéresse, me fascine. 

Puis il y a une troisième figure, féminine, que vous connaissez car elle participe à votre aventure pédagogique aussi, et elle a participé à ma formation, c'est Frédérique Malaval. Il y a une vivacité, une intelligence chez elle, attractive. Il y a un lien, une filiation naturelle qui s'est faite avec elle par le biais de Bernard Salignon. 

Après bon, je peux dire des noms de poètes, je peux dire des noms d'artistes, mais ce n’est pas aussi marquant. Je préfère cibler ces figures qui ont été des proches et qui ont de manière incarnée participé à mon évolution. Merci à eux!

 

K.FW : Merci beaucoup, c'était vraiment intéressant de vous écouter.

Fragment de Poésie

A partir de l’incitation “Once Upon A Time”, nous avons pu nous entretenir avec David Brunel (artiste, photographe, docteur en philosophie esthétique, écrivain, chercheur, etc…) à propos de son parcours, ses démarches ainsi que son projet “Stances”. Il collectionne des photos depuis les années 90 pour construire un répertoire d’images dans lequel il peut puiser pour créer ses projets.

 

On sait que David à un lien fort avec la poésie, et le titre nous le rappelle. Ces photos sont peut être alors comme des bouts de monde, des fragments de poésies que l’on peut assembler / désassembler pour en créer de nouvelles.

 

Cette sélection nous propose des photographies de lieux divers, dans lesquelles on peut se balader d’un côté à l’autre, entrer dans une porte de l’autre côté d’une route, etc… des fragments de la vie quotidienne qui semblent reliés par des correspondances graphiques et chromatiques.

 

Au départ, il n’y a pas de sujet apparent, mais on peut noter que ces correspondances entre les images peuvent faire penser à une sorte de continuité entre elles, comme des fragments, permettant ainsi aux spectateurs de pouvoir créer des liens entre ces images. En effet, il est possible de séparer les images, de les mélanger… pour créer des histoires personnelles.

 

De plus, on peut noter que l’absence de texte explicatif peut sembler surprenante. Mais en réalité, c’est un choix qu’à fait l’artiste afin de ne pas orienter le regardeur, le laissant ainsi libre face à celles-ci. 

 

Pour conclure, “Stances” est un travail photographique que l’on peut mêler à la poésie. Il nous laisse libre de prendre les photos et de jouer avec comme des pièces de puzzle pour créer nos propres histoires.

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Orianne Ciantar Olive

Nina
Roussière

David Brunel, Arles March 2024 - Photograph Inge van der Ven.jpg

David
Brunel

Inge
van der Ven

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William
Kentridge

Jean-Marc
Urquidi

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Sylvain
Couzinet-Jacques

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Olivier
Lavigne

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Once Upon a Time

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