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Jean-Marc
Urquidi

Portrait Urquidi.PNG

Biographie 

Jean-Marc Urquidi est né en 1969 à Bayonne, France.Il vit et travaille à Nîmes, France Dans son travail, qui s’articule essentiellement autour de la peinture et du dessin, il prélève et déplace des éléments simples pour les confronter à un ailleurs où le temps du regard est différent, morcelé, suspendu. Temps étiré.

 

Cela existe par ses choix de compositions et l’utilisation de la répétition avec la présence dans des travaux plus anciens, de papiers peints ou la peinture de motifs qui y sont associés. Cela se retrouve également dans la technique qu’il privilégie depuis quelques années et qui oblige à une lente réalisation.

En effet, l’huile « sèche » sur papier réclame son temps ! Elle étire celui de l’atelier et le prolonge quand elle continue à se répandre dans le papier bien après la fin de la séance. Ceci est loin d’être anecdotique car le résultat obtenu, qui oscille entre flou et grande précision, nous fait basculer dans ce monde autre, distinct et identique au nôtre à la fois.

Oiseaux d'argile

Provenance des images : Avec l'aimable courtoisie de Jean-Marc Urquidi

Une autre réalité, Un nouveau monde s’offre à nous

INTRODUCTION :

Au cœur de la réflexion de Jean-Marc Urquidi, l’idée de la destruction du temps conduit la conception de son œuvre. De ce processus émerge une réflexion sur le cycle perpétuel de la matière, sa naissance, sa disparition. Il s’agit dans son travail de mettre en regard le temps minéral face au temps humain. La répétition est une caractéristique récurrente de la peinture de Jean-Marc Urquidi, laquelle revient sur le geste, reprend le sujet, le multiplie, le décline, le revisite inlassablement, c’est une constante importante de sa pratique. 

 

Qu’il s’agisse d’oiseaux, de végétaux, de tricots et de choses banales du quotidien, Jean-Marc Urquidi s’enfonce dans sa peinture, s’immerge, il peint comme d’autres font des mantras, pour une même visée, à savoir, le bien-être, son bien-être. Il fait partie de ces artistes qui tiennent dans ce monde grâce à leur production artistique. Sans doute en accord avec ces mots de Dostoïevski pour lequel « l’art est pour l’homme un besoin comme le manger et le boire », certainement en harmonie avec la pensée de Cesare Pavese sur le même sujet lequel estime que « l’art est la preuve que la vie ne suffit pas ». Deux noms puisés dans une grande famille à laquelle Jean-Marc Urquidi appartient. L’art, l’œuvre, lorsqu’elle naît de cette modalité ontologique (désigne ce qui est en rapport avec l'être, par opposition au paraître), monte toujours d’un étage. Et cette fragrance est bien là. Autour de ces huiles sur papier, nous pouvons en trouver la senteur, et nous devons ici la respirer. 

 

À présent, à nous de comprendre ce que Jean-Marc Urquidi nous raconte avec ses gestes et ses réflexions.

 

Accroche:

"Jean-Marc Urquidi appartient à une famille d’alchimistes qui sait, par le pinceau, transformer la pierre en métal précieux pour les yeux. Il est à remercier”. David Brunel.

 

Partie 1 Une représentation fictionnelle

 

a. Mutations évolutives ( Suspendue )

 

Suspendue, un fond blanc sur lequel flotte 4 bouts de fils. Leur couleur rose donne une légèretée à l'œuvre qui accentue cette pesanteur sur une base invisible. L’aspect frêle, et la manière dont ces fils sont noués grossièrement sur eux-mêmes nous donne l’idée de fragilité.

 

On comprend que ces fils sont tirés du réel, mais que Jean-Marc Urquidi invente une situation fictionnelle dans laquelle ces fils représentent les liens imaginaires entre la réalité tangible et le rêve. L’artiste donne ainsi de la valeur à un objet précaire, qui est d’autant plus mis en avant par l’arrière plan homogène, qui occupe quasiment tout l'espace de la feuille. Figé en suspension, la notion de temporalité est arrêtée, étirée, l'histoire qu'il nous raconte ici est subtile, déconstruite. Le tout est énigmatique, l'artiste propose une très large interprétation avec ces simples ficelles : détricoter son récit, ou au contraire représenter un dessein tel que le destin,et le choix de la composition reste néanmoins fidèle à sa représentation. 

 

b. Un jeu de perception ( Traces 1 ). Au premier coup d'œil, une quantité abondante d'éléments nous brouille la vue. Après quelques secondes ont comprend les formes, noire et blanche d'un tas de feuilles mortes au centre duquel on perçoit une trace. En partant d'une simple feuille, l’artiste multiplie, crée une scène, raconte un mystère sans réponse, isolé du réel. Cette peinture nous invite à plonger dans ses détails, à utiliser notre imagination,notre curiosité. Notre perception impose au regard plusieurs distances. En jouant avec cette dernière, Jean-Marc Urquidi nous immerge dans sa perception du réel (Trace 1).

 

En laissant l'huile se répandre dans le papier, ses traits flous permettent aussi d'après lui "une existence propre à la peinture", ce qui permet d'ajouter une autre dimension à son œuvre. Cette représentation est anecdotique, elle stimule notre curiosité, isole une action après coup, et cette isolation du sujet nous invite à nous questionner sur ses aspects : que s’est il passé ? D’où provient-elle ? Ce tissu a-t-il de l’importance ? Est ce qu’il s’agit d’une trace de pied ou d’animal ?

 

Jean-Marc Urquidi laisse parler son imagination pour nous transporter dans un décor fictionnel. S’obligeant de fait à une lente réalisation dans son atelier, l’artiste tient à se dégager de la "pesanteur du monde", de manière à se distancier du réel et proposer des séries de formes désincarnées. Des séries sous le signe de la répétition. “Pour moi, la réalité est une histoire différente”. Jean-Marc Urquidi représente ce qu’il perçoit et comprend du réel. “Je n’ai aucune ambition de représenter fidèlement le réel car à partir du moment où j'y pose mon point de vue, il échappe obligatoirement.”

 

Partie 2 Une histoire imaginée et intemporelle

 

a. Sortir de l'anecdotique (Anecdote )

 

L’enjeu de l’image ne tient pas à un détail mais à un ensemble où tout est montré sans que l’on puisse rien y voir, notamment avec Anecdote. Ayant l'air en premier temps insignifiant, l’anecdote met en evidence sur un fond blanc une écharpe, grise et troué, abîmé par le temps et l'usure, imparfaite. On ne sait pas ce qu'il c'est passé, mais Jean-Marc Urquidi nous invite à nous questionner sur cet objet du quotidien, en isolant ses sujets hors du temps et de l'espace, les représentant avec une justesse fidèle au réel.

 

L’artiste aime avant tout le temps parallèle où il plonge, pour cet art qui relève de la construction lente, de la méditation. « Le temps du faire est absolument nécessaire », explique Jean-Marc Urquidi qui se situe dans un moment où il est « parfaitement à l'intérieur et à l'extérieur, en proximité avec les choses que je regarde ». A travers ces œuvres, il donne à voir avant tout « un moment hors du temps », ainsi qu'hors de l'espace.

 

b. Transport dans un autre monde (D'un monde à l'autre); temps espace et réalité sont suspendus

A quoi ressemblerait une branche vue d'un autre monde ?

 

Dans son oeuvre D'un monde à l'autre, Jean-Marc Urquidi nous propose un diptyque présentant une branche d'arbre sur fond blanc qui à gauche est tout à fait ordinnaire, et qui continue à droite, complètement changée. En effet, la branche conserve sa forme mais elle devient de l'argile rose, modelée grossièrement mais peinte parfaitement. Ainsi, on perçoit deux visions différentes d'une branche, dont l'ombre portée semble être le seul élément liant ces deux mondes, ce qui nous amène au titre. Les différentes représentations de cette branche rappellent une sorte de dualité entre la réalité tangible et l'imaginaire, ce qui rend ce jeu de perception plus intéressant. La couleur rose donne de la douceur dans cet imaginaire et crée une dimension tendre et pure, nous rappelant l'enfance. Tandis que la branche donne une réalité matérielle et concrète. Selon Hegel, "Les choses de la nature n'existent qu'immédiatement et d'une seule façon, tandis que l'homme, parce qu'il est esprit, a une double existence..." . Cela rejoint l'idée que chacun d’entre nous porte son propre monde, porte son poids de vie, et cette branche divisée en deux mondes serait comme le miroir de l'homme. L'Homme peut prendre conscience de lui-même, donc il peut s’établir par le savoir qu'il existe d'une part comme être naturel, et d'autre part en tant qu'esprit. Connaissant la pratique de l'artiste, on comprend que sa démarche est centrée sur une variation contemporaine et un nouveau regard sur le dessin, créant un décalage, un écart entre la subjectivité du regard et la représentation du réel. Comme le dit l’artiste, “La peinture est un acte très enfantin”, car l’enfant prend des décisions, choisit les couleurs et détermine la direction de son œuvre sans suivre de règles strictes. Ainsi, le résultat obtenu oscille entre flou et grande précision et il nous fait basculer dans un monde autre, distinct et identique au nôtre à la fois.

 

Partie 3 Un cycle perpétuel

En effet, sa démarche consiste à sortir de l'anecdotique de la représentation, et d'entrer dans un cycle perpétuel de la matière.

 

a. Histoire dans la création même (Argile levée) ; un cycle de vie de la matière, comme les hommes (naissance, disparition, destruction, remodélisation). Imaginez des masses d’argile si légères qu’elles échappent à la gravité. Imaginez plonger à l’intérieur de leurs corps, les palper, tâtonner et finir par y être englouti tout entier. Cela pourrait être le début d’un récit de science-fiction, dans lequel, mués en agents d’exploration de la matière, nous serions transportés à l’intérieur d’un abdomen rocheux imaginaire. Si l’idée semble se prêter si bien à la fiction, qui est par essence mouvante et évolutive, Jean-Marc Urquidi lui donne pourtant la forme plane de la peinture. Il ne la fige pas pour autant, recourant au flou et à l’impesanteur pour renforcer cette impression de mouvement et presque de mutation de la matière. Ainsi, Jean-Marc Urquidi semble aplatir les grumeaux de l’argile sur le papier, lui offrant une précision et une objectivité telle qu’il nous est aisé d’imaginer le pénétrer. Les argiles semblent alors s’élever sans prise avec le réel, défiant la pesanteur telle que nous la connaissons. Les ombres quant à elles semblent coaguler, endurcies par le temps. Son œuvre se propose de servir l’idée d’une transgression de notre rapport à la réalité. Les formes qu’il y figure flirtent d’ailleurs avec l’abstraction, répondant sans doute à la volonté de l’artiste de « sortir de l’anecdotique de la représentation ». “Je deviens un enfant” explique-t-il. “Car quand je regarde le dessin d’un enfant, c’est sa réalité, et elle n’est pas plus ou moins réelle. C’est sa représentation du monde.”  Mélange de flou, de proximité et d’étrangeté, les Argiles levées (2021) de Jean-Marc Urquidi rebattent les cartes du monde terrestre.

 

b. Une imagination débordante (Oiseaux d'argile)

Le projet collectif, Même les oiseaux chantent pendant le chaos, est un recueil d'œuvres rassemblant le travail de 50 artistes et auteurs. Inspiré en mars 2020, ce poumon de papier accueille le ressenti et les émotions afin de donner une respiration artistique commune. 

Et parmi ces œuvres figure la série Oiseaux d'argile de Jean Marc Urquidi. "La pâte à modeler peut-elle voler ?" est la légende qu'il a choisi d'utiliser sous cette œuvre du moins inventive. Alors pour débuter, des formes imaginatives d'argile plantées de plumes sur fond blanc sont ce que l'on percoit en premier. On peut voir 6 morceaux d'argile tenant sur des bâtons fragiles. Ils paraissent grossièrement modelés et façonnés, mais ils nous rappellent néanmoins la forme des oiseaux. Leurs battements d'ailes se font comprendre par les plumes plantées dans l'argile, différemment inclinées, ce qui crée une sorte de mouvement. Ces plumes sont de couleur vives (rose, vert, bleu, jaune) tandis que son corps est noir et blanc. Cette forte dualité iconographique entre l'argile et les plumes intensifie cette idée du tangible et du rêve, et de notre rapport à la réalité. La manière dont l'argile est imparfaitement façonnée et peinte nous rappelle le réalisme, c'est-à-dire cette quête du réel et la représentation de la vie quotidienne. Face à ce travail méticuleux, on peut se demander si le sujet de cette peinture est tiré du réel, ou bien s'il est inventé. Car en effet, Jean-Marc Urquidi se base sur le contraste de ces deux idées comme pratique artistique. L'artiste invente ses peintures à l'huile sans se rapprocher de la réalité, mais sans pour autant s’en éloigner. “Le réel n’est pas quelque chose de figé” explique l’artiste,  pour nous transporter dans un décor fictionnel. Il nous laisse donc imaginer l'histoire derrière cette matière sans vie, soudainement animée par la fantaisie de plumes colorées. Le résultat nous amène alors au cœur de l’enjeu de l’image et des limites de la représentation.

CONCLUSION

 

Nous avons choisi le travail de Jean-Marc Urquidi autour du thème Once upon a time car à travers sa pratique, nous avons compris qu’il se questionne sur ce qu’il voit, sur le réel, et qu’il cherche à sortir les objets de leur contexte. De ce fait, il les dessine en se méfiant de la réalité, voire en la défiant, mais sans pour autant trop s’en éloigner. D’après l’artiste, il est davantage en “résonance” avec ses sujets, ce qui lui permet de faire un retour sur lui-même. Cet équilibre fragilise le figuratif et fertilise l’imaginaire, écart avec la réalité, subjectivité augmentée du côté spectateur. Ainsi, ses œuvres existent dans le temps, et dans un autre espace, différent du nôtre.

 

L’artiste dit, “Je suis toujours un peu comme un enfant quand j’ai quelque chose devant les yeux”, cette citation démontre que le geste de peindre le ramène lui-même à l’enfance, et qu’il ressent cette liberté de représenter sa propre réalité. L’univers que Jean-Marc Urquidi met en place est ainsi à la hauteur d’un récit fantastique dont les issues sont nombreuses, c’est pourquoi nous l’avons intégré à notre projet curatorial, Once upon a time.


 

 SOURCES: Jean-Marc Urquidi | See Galerie

Entretien avec l'artiste (18 min 36 s) :

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Orianne Ciantar Olive

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David
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